
NINA'S "CARNET"
by Nina Theodoridou
Je naquis à Smyrne le 28 Août 1909. Mon père avocat m`eleva dans
un milieu aristocratique et a su me donner une instruction assez confortable. Je
suivis les lecons de l `ecole centrale des filles de Smyrne jusqu`a la 2em
classe du gymnase puis retenue pendant deux mois au lit a cause d`une
appendicite je fus obligèe
d`interrompre mes etudes au grec et m`a donner au francais. La veritè est que
j`aimais beaucoup cette langue que nous enseignait a la maison Melle Lucie
Delassouda pendant les annèes. Le
grand Pensionnat de « Notre Dame de Lion » m`accueillit avec toute
la bontèe des sœurs qui m`aimaient comme leur propre enfant, j`etais pour
elles la petite Nina ( il y avait une le meme nom plus agee que moi a une classe
superieure. Je suivis la les classes pendant trois annèes toujours heureuse
pour le bonheur qui m` entourait. Rien ne me manquait santè, richesse, libertè.
Le mois de Septembre approchait
je devais me presenter au Pensionnat pour la dernière annèe du « brevet » .
Quels reves n`ai je pas faits a ce sujet.
Mais la guerre qui sème partout la douleur detruisit mes plans et ma
pauvre patrie qui goutait la libertè depuis le 2 Mai 1919 devait la perdre sous
des surconstaces cruelles le 27 Aout 1922.-
Nos amis ! les grandes
Nations ont exigè l`evacuation de l`Asie Mineure par les Troupes Helleniques et
notre lache gouvernement nous vendit sans pitiè.
La retraite des Armèes commanca le 17 Aout et dans une dijaine de jours
devait prendre fin. Ainsi le 27 Aout a 10 heurs du matin nous avons vu
entrer dans la ville les armèes Kemalistes. La terreur etait partout repandue.
Toute la population greque et armenienne etait obligèe de rester enfermèe pour
se preserver du pillage et de la mort. Par la fenetre du balcon de ma maison et
a travers les dantelles des rideaux je voyais passer ces monstres de soldats
Turques pieds nus et les jambes bandèes de chiffons et aulieu d`armes ils
tenaient a la main d`enormes yatagans.
L`ennemi n`avait pour but que la ruine complète des chretiens de
l’orient et pour excecuter son plan il mit le feu dans la ville.
Les premieres flammes parurent le Mercredit 31 Aout a 9 h de l`après
midi dans le quartier Armenien. On se cru d`abord a un accident pas grave. On
esperait le secours du gouvernement, mais helas ! ce
ne fut pas ainsi. Le feu avancait
et finit par gagner tous les quartiers grecs aidè par la dynamite et le petrol
que dispurait l`ennemi. Soudain un
flambeau attaque le balcon de notre maison ou c`etait reuni
nombre de parents, amis dont les maisons etaiènt insendièes. «
Mes parents et amis » cria mon cher papa quittons la maison et
emportez avec vous tout ce que vous pouvez,
le feu nous entourera bientôt.
C`est ainsi que nous quittames notre maison prenant la fuite
C`etait 11 heurs 45 du soir ne sachant ou nous diriger emportant le peu
que chaqun pouvait tenir en bras. Nous passames la nuit sur les Quais
attendant notre mort parcque l`ennemi nous empechait de sortir de la
ville. Le feu avancait, le monde
sur le Quai criait au secours. Les bateaux alliès contemplesaient ce beau
spectacle sans intervenir. Les allies etaient notre seule esperance.
Le lendemain a 5h. nous mimes en route pour Bairakli. Mais arrivant a
Yalka- Bounar nous apprenons que nous les Grecs etaient retenus par les Turcs.
Nous faisons arriere route pour Smyrne morts de fatigue et de soif. En chemin
nous perdons notre oncle Pericles et sa femme. Ainsi que notre oncle Nicolas et
sa femme encore. Arrives a Smyrne nous sommes obliges de suivre le sort de tout
le monde en prenant de nouveau la route pour Yalka-Bounar car le feu avancait et
tremblant de frayeur voiyant
les orgies des Turcs qui se multipliaient. Enfin apres une course de sept heurs
nous arrivons a Yalka-Bounar. La je rencontre mon ami Elly Ververopoulou a un
etat aussi pitoyable que le mien. Je la baisse en pleurant et j`avance avec mes
parents. Dans un cabaret nous trouvons de l`eau a boire, mais quelle eau !
Nous nous reposons la une demie heur et nous reprenons la route pour Bairacli.
Aller a pieds etait impossible parcque les soldats Turcs volaient et
tuaient les passant. Une voiture turque militaire s`offre pour nous faire passer
elle devait entreprendre trois voyages pour faire passer toute la famille.
Il etait convenu 60 lires les trois voyages. Le premier voyage emporte maman, ma
petite sœur Kiki, Mme Petinatou et sa petite fille, veuve d `un ami que
papa avait sous sa protection. Mais notre malheur ne devait pas s`arreter la .
Arrives a Mersinli le voiturier renverse la voiture et provoque des blessures
graves a la figure de ma pauvre maman qui risqua de perde son œil gauche. A cet
etat elle fut obligee de retourner a pieds pour nous rejoindre. C`etait le
desespoir ! Nous la voyons sans pouvoir lui donner aucun secours.
L`eau nous manquait. Mon pauvre papa offrait cinq lires pour un verre
d`eau, mais cela etait impossible. Papa cherche un autre moyen pour nous porter
hors de la ville. Le meme soldat turc se presente et nous procure une charrette.
Avances a quelques pas nous sommes arretes par les soldats turcs. Un sergent
s`offre a nous livrer passage a prix d`argent. Il se mit en tete en nous
indiquant le chemin que nous devions prendre. Mais helas ! ce chemin etait
le lieu des orgies. Le sergent s`en va nous laissant dans un champs plein de
cadavres. Spectacle inoubliable. Trembblant de frayeur nous retournons a
Yalka-Bounar decides de subir le sort que tout le monde attendait. Tous les
refugies avaient campe dans un champs au dela ligne du chemin de fer. Une
famille de THIRA nous abrita sous sa tente et nous aida a donner les premiers
secours a maman. C`est ainsi que nous passames la nuit attendant evidament notre
mort. Le matin nous apprenons que notre oncle Pericles avec sa famille se
trouvait a la Brasserie « Aidin » . Nous allames les rejoindre.
La nous rencontrames nos voisins Hatzilouka que nous avions perdus de la veille.
La troisieme nuit de terreur fut passee la.
Par des quetes on reunissait une grande somme d`argent qu`on donnait aux
gardiens qui empechaient les soldats pillards d`entrer dans la Brasserie. Samedi
de beau matin aux conseils de la famille Hatzilouka nous partimes de la
brasserie et nous nous rendimes dans une caserne « Depos de bois de Mr
Coutlides » oncle de la famille qui nous accompagnait, nous nous
trouvions ainsi dans la ville pres du Quais ou nous pouvions avoir tous les
renseignements necessaires. Ici nous avons rencontre plusieures familles de
Magnesie. Mr Parasceva Mouratoglou
qui avait sa famille a Mytelene. Lui aussi comme nous entierement ruine de
fortune trouva avec nous un refuge. Son pere Christos avait perdu sa femme et
etait en train de la chercher. Mon pere se charga de la recherche des deux
femmes de ma grande mere que nous avions perdue le jour de l`incendie et de Mme
Mouratoglou.
Deux jours sont passes
ainsi mais le troisieme nous apporta la terreur. Le commandant des armees
Turques Nouredin – Passa que tous les hommes ages a 18-45 ans seront
consideres comme prisoniers de guerre, les autres aurons la liberte de partir
jusqu`au 30 Septembre ( nous etions le 18 ) passe ce delais ils seront eux
aussis consideres comme prisoniers de guerre ainsi qui les femmes et les enfants
et seront emportes hors de la zone de la guerre. Cette lois seme le panique.
Partir bien, mais comment puisqu`il n`y avait point de bateau. Mr Coutlidis
chasse de la caserne tous les hommes de la dite age. Nous fumes donc obliges de
nous separer de notre oncle. Le lendemain nous retrouvons notre grande mere (
8/8 ) et une heure apres nous apprenons qu`il existe un moyen de partir.
Nous devions partir a
bord du bateau francais « Tourville » et la famille Hatzilouka
par l`intervation du consulat Anglais. Nous nous arretames devant le «
Cafe de Paris » en attendant papa que nous retrouvons apres quelque
temps. Apres bien de difficultes nous nous embarquons a bord de «
Tourville » . Nous sommes ainsi sauves du couteau Turc.
A bord nous faisons
connaissance avec la famille Papadopoulou composee de trois garcons et trois
jeunes fille et leur vieille mere. Avec cette famille nous partageons notre
triste Odyssee. Le bateau devait nous debarquer a Marseille esperance de revoir
notre frere Nikos qui faisait ses etudes de medecine a Paris.
La traversee n`etait pas
facile. Le bateau devait passer d`abord par Biserte port de Tunisie et puis a
Marseille. La mer etait calm tout le long du voyage. Il n`avait de
triste que la nourriture que nous torturait. On ne nous offrait tous les
jours que des haricots. Enfin nous supportons tout a fin de sauver notre
vie. Apres quatre jours de voyage nous voilà a Biserte ! De la nous
telegraphions a notre frere de venir nous rejoindre a Marseille. Le bateau
devait quitter le port Jeudi matin mais par malheur par ordre du gouvernement
francais le commandant devait debarquer tous les passagers a Biserte et partir
immediatement.
Malgre nos efforts et tout l`offre d`argent il etait impossible de rester
a bord. Nous debarquons et au moyen des automobiles militaires que le commandant
de Biserte mit a notre dispositions nous instalame au camp des isoles une heure
loin de Biserte dans des casernes.
Nous etions plus de 60 personnes a la caserne No 5.
Entre autres je dois signaler Mr Antoine Protopsalti ami de notre pere
qui avait laisse sa famille a Smyrne et s`etait sauve seul. Les deux freres
Kyriakidis Haralampos et Michel jeune journaliste et redacteur du journal
« Cosmos » age de 23 ans, il faut encore ajouter Mr Efthimios
Janellis cousin de ma mere jusque la inconnu et Mr Constantin Ferendinos ardent
patriot, x officier de marine. La vie dans la caserne etait calme amusee parfois
par les farces de senegalais qui faisaient leur service militaire. A la suite
nous presentames au commandant un catalogue de 450 personnes qui etaient grecs
et desiraient se rendre en Grece a Syra.
Nous nous embarquons
alors a bord du « Vinglong » le Samedi a 9 heurs du matin.
Reception inoubliable. Les trois jours passes a bord nous ont fait oublier nos
tristesses. Apres des demarches nous obtenons une cabine de 2em
classe et nous pouvons prendre nos repas a table. Nous avons traverse la
Mediterranee en tempete mais heureusement, aucun de nous n`avait ete pris du mal
de mer. Nouvelles connaissances : Melle Marika Roussou qui etait logee dans
la meme cabine que nous. Deux jeunes matelots etaient a notre service. Pierre
Guerrin aux yeux bleus et Joseph Metier de Bretagne. La tempete passee
nous voilà sur le port. La jeunesse qui pourtant les malheurs ne perde pas son
courage retrouva sa vivacite.
Tous les malheurs sont
oublies par la jeunesse qui passe et meurt toujours le rire aux levres. Mardi a
1 heure a. m. nous debarquons a Syra. Installation dans une hotel impitoyable,
pour une nuit 25 fr. Le lendemain papa partit pour Athenes avec Despo. Son
projet est de nous installer a Athenes.
Le 28/9 nous recumes les
nouvelles de papa. Je espere obtenir une place en Ministere. Le 5/10 papa nous
ecrit d ΄ aller le rejoindre a Athenes, lui ne peut pas venir nous
accompagner. Le 6/10 a bord de
« Paros » nous voilà pour Piree. Arrives papa se charge de notre
debarquement.
Le chemin electrique nous
amene a Athenes.
La verite est que la
ville est tres belle mais pour nous rien ne sourit. Notre patrie quoi que plus
petite etait pour moi tout ce qu, il y a de plus beau. Premiere installation a
une maison a Patissia, tres loin du centre de la ville. Second foyer une chambre
au quartier Psiri, rue Ag. Anargyron 39. Quartier le plus detestable de la ville,
avec la famille de notre tante Elpis, dans deux chambres nous sommes obliges de
nous coucher 13 personnes.
NINA THEODORIDOU
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